Un peu d'histoire

Il y a plus de 5 000 ans, deux tribus rivales étaient installées le long du fleuve jaune. L’une était dirigée par le célèbre HUANG DI (celui qu’en Europe on appelle improprement « l’Empereur jaune » et qui en fait, était plutôt un chef de tribu), et l’autre par ZHI YOU dont les guerriers avaient la particularité d’être coiffés d’un casque muni de deux cornes.

Les casques étaient utilisés lors des combats pour transpercer l’ennemi. HUANG DI entraînait ses guerriers à esquiver ces redoutables attaques de cornes, puis à déséquilibrer leurs adversaires.

Ainsi, grâce à sa technique, HUANG DI, vainquait ZHI YOU et unifia le pays.

Depuis cette époque, lors des fêtes chinoises, les danseurs imitaient les combats des guerriers. Les uns portaient des casques à cornes, tandis que les autres tentaient d’éviter les attaques en déséquilibrant l’assaillant. Cette danse traditionnelle était appelée JIAO Ti Xi 角抵戏.

Ceci représente la première manifestation d’art martial à mains nues en Chine.

Sous la dynastie Zhou 周 (1122 – 221 av. JC), l’art du combat à mains nues servait déjà à l’entraînement des armées, rôle qu’elle allait garder tout au long de son histoire.

Plusieurs anciens écrits chinois font référence, tout au long de l’histoire, à cette forme de combat Jiao Di 角抵.

Des fouilles ont péris de retrouver un peigne à cheveux, sur lequel était gravé 3 hommes (2 combattants et un arbitre).

Au-dessus un tissu de scène est accroché.

Ceci est une preuve que le combat à mains nues existait déjà à cette époque.

Ce peigne est actuellement exposé au musée du sport de Beijing.

Les historiens identifient les premières traces de sa pratique vers le IIIe siècle av. J.-C., sous la dynastie Qin 秦 (221-206 av. J.-C.). Cette forme de combat se caractérise alors par l’utilisation connexe de différentes techniques – percussions via l’usage des poings et des pieds, préhensions grâce à des combinaisons de saisies et de projections diverses et se perpétuera jusqu’à la fin de la dynastie Song 宋 (960-1279).

Plus précisément, l’examen des anciens écrits renvoie, au cours de cette longue période qui se situe entre les Qin et les Song, à plusieurs appellations pour qualifier ce style de combat.

Si sous la dynastie Qin, le terme Shou Bo 手搏 est essentiellement employé, sous la dynastie Han 汉 (202-221) Le terme de Bian 卞.

A cette époque le combat était très populaire et spectaculaire. Chaque année une compétition nationale était organisée ; pendant plusieurs mois la population était tellement captivée que l’économie du pays s’en trouvait affectée. Le Gouverneur du même interpeler l’Empereur pour faire interdire ces combats qui ruinaient le pays.

Au cours de la dynastie Sui 随 (581-618) et pendant le règne de la dynastie Tang 唐 (618-907), on parle de Jiao Di 角抵.

Sous les Cinq dynasties 五代 (907-960), un livre intitulé Jiaoli Ji 角力记 présente l’histoire, les théories et l’éventail des techniques de combat. Enfin, avec l’avènement de la dynastie Song (960-1279), deux expressions, Shou Bo 手搏 et Xiang Bo 相搏, font communément référence à la même forme de combat alors en usage.

À cette période, des compétitions sur l’ensemble du territoire chinois sont planifiées. Les combats représentent des évènements populaires très appréciés. Ils se tiennent tantôt dans de vastes arènes, tantôt dans des foires et les femmes combattaient également.

Les protagonistes en lice usent des quatre déclinaisons techniques
🟥 Da 打 boxe avec les main
🟥 Ti 踢 boxe avec les pieds
🟥 Na 拿 boxe avec saisies
🟥 Shuai 摔 boxe avec projections

La victoire est obtenue selon un des critères suivants :
🟥 adversaire tombé au sol
🟥 abandon (blessure, knock-out)
🟥 mise hors espace dévolu à l’affrontement.

Ces règles ne sont pas le fruit du hasard, mais découlent de la culture chinoise qui encourage l’élégance et le respect. En général, les techniques utilisées pour les combats sont : coups de poings, coups de pieds, saisies et projections.

En Chine, les combats ancestraux traditionnels dont les bases sont l’esquive, la philosophie taoïste (Yin / Yang) et confucianiste (5 vertus traditionnelles). A l’époque, les règles de combat debout étaient très simples. Ce règlement de combat associé à l’esprit encourageait les combattants à utiliser la force de l’autre, les esquives, à chercher le corps à corps, et les projections.

Sur le plan militaire, des départements spécifiques sont créés afin de manager, entraîner et sélectionner par des examens les combattants.

À partir de la dynastie Yuan 元 (1279-1368), le développement des arts martiaux est interrompu en raison de la suprématie mongole en Chine. Les Mongols, redoutant les révoltes chinoises, interdisent les formes de combat caractérisées par l’emploi associé des percussions et des préhensions. Seule la lutte dans la version traditionnelle de celle des hommes des steppes « la Boke 搏克 » caractérisée par l’usage unique de techniques de saisies et de projections et dont les Mongols sont de fervents pratiquants depuis des générations, est permise.

Les techniques de coups de poing et de coups de pied sont uniquement tolérées dans les représentations artistiques chinoises et dans l’opéra ainsi qu’au cours de ponctuelles démonstrations populaires, évènements folkloriques dans les villages.

Toutefois, derrière ces démonstrations scéniques en apparence mimées et très douces, se révèlent souvent des experts qui perpétuent secrètement et malgré l’interdiction impériale, un enseignement plus profond de techniques de combat redoutables.

Il faut, néanmoins, attendre la dynastie Ming 明 (1368-1644) pour que les techniques de percussion Da et Ti ainsi que les diverses formes de boxe associées soient officiellement réhabilitées et identifiées sous l’appellation Quan Shu 拳术.

C’est sous les Ming qu’apparaissent les premières modalités de ce qui sera, plus tard l’époque contemporaine identifié sous l’appellation Shuai jiao. C’est-à-dire l’émergence d’une dynamique de combat chinoise au corps à corps essentiellement axée sur l’art des saisies (ná 拿) et des projections (shuāi 摔).

Par la suite, au cours de la période historique de la dynastie Qing 清 (1644/1911), tous les empereurs, notamment Kangxi 康熙 (1662-1722) et Qianlong 乾隆 (1735-1796), pratiquent et sont de fervents admirateurs de la lutte au corps à corps dénommée Xiang Pu 相扑 ou Shan Pu 善扑 et qui devient un art extrêmement structuré

En créant un véritable bataillon d’experts en lutte.

Ces empereurs favorisent, plus encore, le développement d’une nette séparation entre les techniques de combat de type Na et Shuai et les techniques de combat de type Da et Ti.

 

La lutte est alors une discipline extrêmement affinée. Elle se nourrit de différents courants régionaux : chinois, mongol, ouïgour, tibétain… afin d’intégrer leurs particularités respectives.

À l’avènement de la République de Chine 中华民国 (1912-1949), la lutte est officiellement identifiée sous le vocable Shuai jiao 摔角. De son côté, de la dynastie Ming jusqu’à la prise de pouvoir de la Chine par le parti communiste, le Quan Shu 拳术 continu à se développer, épuré, progressivement, des techniques de lutte ; les adeptes objectivant, plus spécifiquement, une remarquable expertise dans les techniques de percussion

Vestes à terre, voici six maîtres de Shuai jiao Tianjin vers 1930.

De gauche à droite :

  • Zhang Lianchen (张连成),
  • Zhang Hongyu (张鸿玉),
  • Wang Wenhai (王文海),
  • Shi Enfu (史恩富),
  • Ma Wenping (马文平),
  • Wang Haizheng (王海烝).

Maître Zhang Wenshan (à gauche) pratiquant dans la rue en 1935

Entre 1937 et 1945 à lieu la Seconde guerre sino-japonaise ou l’occupation japonaise plonge le pays dans le chaos pour plusieurs années.

- Maître de Pékin formant une troupe de spectacle de rue 1942

À l’instauration par Mao Zedong 毛泽东de la République populaire de Chine 中华人民共和国 (1949), est substituée au terme Quan Shu, l’expression Wu Shu 武术. Par ailleurs, une modification concernant un des sinogrammes du terme Shuai jiao est opérée ; 摔角 est remplacé par 摔跤 bien que la prononciation orale (phonétique) demeure identique.

La lutte très populaire ce pratique sur les places publiques dans les villages (Photographie 1950)

Dans les années 70, les arts martiaux chinois sont très présents et imprègnent la culture grâce aux artistes de cinéma comme Bruce Lee. Le public occidental a découvert le Wu Shu 武术 renommé par Bruce Lee « Kung Fu ».

Au début des années 1980, la Chine souhaite faire entrer les sports d’arts martiaux chinois de combat dans les Jeux Olympiques et ont voulu regrouper « la lutte et la boxe » (Shuai Jiao avec Quan Shu), en une discipline « le San Da »

Malheureusement ce projet Olympique ne verra pas le jour.

Ayant débuté son parcours dans les arts martiaux chinois traditionnels axés sur le pieds-poings au cours des années 1990, Dominique Gentile a toujours eu à cœur de conserver ces fondamentaux. C’est à partir de 1995 qu’il choisit de se spécialiser en lutte chinoise, en travaillant sur l’extension naturelle de cette discipline et sur son application directe avec le pieds-poings.

Tout juste monté de sa Provence natale après avoir quitté sa famille, Dominique Gentile savoure ici la fierté de la première de ses médailles ramenées de Chine. C’est l’aboutissement de lourds sacrifices et la joie intérieure d’un élève acharné qui a tout donné sur le tapis pour honorer l’enseignement de son maître. (Archive personnelle — 1997)

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